Portrait du président en torero
Tout d'abord, nous ne pouvons que déplorer la pratique médiatique du président. La tactique est toujours la même et c'est celle de la muleta. Nicolas SARKOZY
agite la cape rouge du torero pour détourner l'attention. Il annonce son divorce avec Cécilia le jour de la grève générale des fonctionnaires. Il se fait photographier avec Carla BRUNI à
Disneyland deux jours après la visite catastrophique de KHADAFI. Nous ne pouvons que condamner l'instrumentalisation de sa vie privée par le président.
Par ailleurs, nous nous interrogeons sur les futures inventions médiatiques pour les 4 ans et demi de mandat restants :
- un voyage sur la Lune avec Michel DRUCKER,
- une demande de la nationalité belge pour ne pas payer l'ISF,
- une apparition dans "Les Visiteurs IV",
- le chien offert (un labrador sans doute) par Jean Reno à son anniversaire,
- les photos dans Voici de Carla BRUNI en femme trompée, la dégoulinure de Rimmel savamment étudiée...
Entre amateurisme, ostentation et
provocation
En outre, nous considérons qu'au-delà de l'aspect médiatique, la manière dont Nicolas SARKOZY conçoit l'action
politique dans un méli-mélo de showbiz, d'affairisme, d'ostentation, d'improvisation et de provocation décrédibilise l'action gouvernementale et l'image de la France à
l'étranger.
Pour ne citer que quelques exemples pèle mêle:
-
Une retraite monacale pour habiter la fonction présidentielle qui se termine
sur un yacht au large de Malte (le tout payé par Bolloré)
-
La robe Prada de Cécilia et la larme de crocodile lors de la cérémonie
d'investiture
-
Un retour de Libye avec les infirmières bulgares où le rôle de Cécilia reste
nébuleux
-
Une visite en chine où les droits de l'homme ne sont pas
évoqués
-
Les époux Cromback (Tiffany) et Agostinelli (Prada) l'invitaient en août dans
une villa de Wolfeboro aux Etats-Unis. Coût des vacances : 44 000 euros
-
Rachida DATI en robe Dior posant dans les salons d'un palace pour illustrer
un article dans Paris Match
-
Une visite officielle de 5 jours de KHADAFI
-
La présence de Jean-Marie BIGARD dans la délégation officielle française au
Vatican
-
Le voyage en Falcon 900 pour Louxor (payé par Bolloré)
Dans ce domaine également, nous ne pouvons que nous interroger sur les capacités
imaginatives de notre président et de ses communicants pour tenir le même rythme jusqu'au terme du mandat. Nous leur proposons les initiatives suivantes pour continuer à nous surprendre
:
-
La location des salons de réception de
l'Elysée pour l'organisation d'un défilé Gucci
-
Une mission diplomatique confiée à Enrico MACIAS sur la libération d'Ingrid
BETANCOURT
-
L'entrée des cendres de Pétain au Panthéon
-
La nomination d'Arthur à la tête de France Télévision
-
La vente à l'Iran d'un réacteur nucléaire
-
Un concert de Johnny HALLIDAY pour les enfants du Darfour dans un camp de
réfugiés avec en final une reprise en duo avec Bernard KOUCHNER de "Cheveux longs et idées courtes" !
Tout devient possible… même le
pire !
"Le Monde" du 27 décembre 2007 se fait l'écho des réactions très mitigées des journaux européens. Nous
rejoignons le scepticisme de la presse européenne.
Pour reprendre quelques citations des articles :
"En Italie, le quotidien La Repubblica, sous la plume de Bernardo Valli, se demande, jeudi 27 décembre, si, "à la veille de son cinquantième anniversaire, la Vème
République n'a pas changé de visage", si "son sixième président, actuellement en fonction, n'est pas en train d'en écrire l'épitaphe". L'éditorialiste décrit "sur le
trône de De Gaulle, un président en manches de chemise, avec la chemise déboutonnée et les lunettes de soleil d'Alain Delon, qui reçoit ses ministres les pieds sur la table et tutoie
(presque) tout le monde".
C'est en Allemagne que les commentaires sont les plus durs. (...) A l'unisson, la presse accuse le chef d'Etat de chercher une fois encore à se mettre en scène, souvent au préjudice de sa
fonction. "Au lieu de se démener, comme le reste de la classe politique du pays, sur le pouvoir d'achat, les retraites ou les délocalisations, il s'en va le week-end à
Disneyland", note le magazine de droite Focus dans son édition en ligne, qui décrit un président à la recherche de "trophées".
(...)
"Ehonté, irritant, narcissique", s'agaçait la Süddeutsche Zeitung dès le 21 décembre : "Ses prédécesseurs aussi aimaient le luxe. Chez Sarkozy,
cependant, cela tourne vite au vulgaire." "Les Français ne peuvent que constater à quel point ce nouveau Napoléon est
imprévisible", conclut le Berliner Zeitung du 24 décembre.
(...)
Aux Pays-Bas, le quotidien de référence NRC-Handelsblad s'interrogeait, jeudi, sur "ce qui se déroule vraiment à l'Elysée, où l'on semble tourner un remake de Louis de
Funès".
Travailler plus pour gagner autant
Cependant, derrière ces écrans de fumée, derrière l'encre jetée par la sèche, le
gouvernement profite de la trêve des confiseurs pour faire des annonces d'une grande importance.
Le gouvernement semble préparer les esprits au passage à 41 annuités de
cotisations d'ici 2016. Il est à rappeler qu'une négociation sur les modalités d'équilibre du régime de retraites par répartition doit s'engager en 2008. Il semble que, comme dans le dossier
de la réforme des régimes spéciaux, le gouvernement ait fixé le point d'arrivée de la négociation avant de la commencer.
Cette méthode a également été utilisée dans le cadre de la
réforme de la carte judiciaire. Il ne nous semble pas que dans une démocratie sociale rénovée que le premier ministre appelle de ces voeux une telle pratique puisse être
tolérée.
Deuxième annonce, dans son courrier rendu public le 21 décembre, le chef de l'Etat souhaite que les
partenaires sociaux mènent une négociation au premier trimestre 2008 sur le temps de travail que le Medef souhaite fixer dans les entreprises par des accords
majoritaires.
Alors que le gouvernement entend vider de leur contenu les lois sur les 35 heures, la fixation de la
durée légale du travail et son corollaire, le seuil de déclenchement des heures supplémentaires en dépend. Sont rémunérées avec une majoration de 25% l'ensemble des heures de travail au-delà
de 35h en moyenne sur l'année.
Sans que l'on y
prenne garde, ces deux annonces viennent de renverser le discours du candidat SARKOZY sur le travail, le fameux "travailler plus pour gagner plus".
Nous sommes passé subrepticement au "travailler plus pour gagner
autant".
Concernant le passage à 41 annuités de cotisation pour obtenir une
retraite à taux plein, le temps de travail s'évalue également sur l'ensemble de la vie professionnelle des salariés. Par conséquent, l'allongement de la durée de cotisation pour une retraite
identique revient à augmenter de 1/40ème le temps de travail du salarié sur sa vie professionnelle. Pour prendre une analogie, c'est comme si le temps de travail hebdomadaire était passé de
35h à 35h53 et que nous continuions à cotiser 40 ans.
Pour la durée légale du travail, elle est actuellement de 35h par
semaine. Elle pourra être de 36, 37 ou 38 par accord d'entreprise.
Si nous prenons un exemple, un salarié travaille une heure
supplémentaire par semaine soit 36h. Aujourd'hui, il lui est payé 4 heures supplémentaires par mois, majorées à 25%. Son taux horaire est de 10 €. Il touche au titre de heures supplémentaires
50 € (4 X 10€ + 4 X 25%X10 €).
Demain, s’il est décidé par accord que la durée légale du travail est de 37h pour cette entreprise. Le même salarié se verra payer sa 36ème
heure non majorée. Pour 4 heures de travail supplémentaire, il touchera 40 €. Il devra travailler une 5ème heure pour retrouver son pouvoir d'achat antérieur.
De ce point de vue et sous couvert d'amélioration du pouvoir d'achat,
Fillon organise un déboulonnage en règle des 35 heures, et plus généralement de la déréglementation du travail. Il suffit pour s'en convaincre d'observer l'attitude du gouvernement sur le
travail du dimanche. Il ouvre droit à une libéralisation complète du travail le dimanche pour les commerces. Rappelons que Laurence PARISOT, présidente du Medef, ne réclamait qu'un
assouplissement pour que les commerces puissent ouvrir 8 dimanches par an et non 52.
Pendant les vacances, l'idéologie continue
Même si le temps est aux agapes, que Nicolas
SARKOZY est en vacances, François FILLON continue à distiller son discours et ce discours c'est celui de la revanche, de l'ultralibéralisme et de la
déréglementation.
Le marché du travail est certes à réformer. Tout le monde est d'accord
sur le constat. Mais, il convient de le faire en essayant de construire une plus grande flexibilité pour les entreprises et une plus grande sécurisation pour les salariés dans leurs parcours
professionnels.
Pour ne prendre qu'un exemple, les périodes d'essai sont trop courtes
pour un certain nombre de catégorie de personnel. Il est sans doute possible de faire en sorte de négocier avec les partenaires sociaux un allongement des périodes d'essai à 3 mois, en
échange d'un meilleur accès à la formation en cas de rupture de la période d’essai.
Cependant, François
FILLON instille savamment dans son discours les ferments non pas d'une nouvelle régulation du marché du travail mais ceux de sa déréglementation complète et ce au nom de la liberté
individuelle de chaque salarié à vouloir travailler plus pour gagner plus. Mais cette liberté dont nous parlent François FILLON et Nicolas SARKOZY, c'est, pour paraphraser JAURES, c'est
la liberté du renard libre dans le poulailler libre.
Contrairement à vous, Monsieur SARKOZY, nous n'avons pas oublié JAURES le jour de votre
élection.