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Tribune du 17 11 2011 dans "Le Monde" :
Et si l'Italie de Mario Monti sauvait l'Europe ?
La relation franco-allemande est aussi indispensable qu'elle est devenue
insupportable. Tel est le paradoxe qui, en ce moment, tétanise la zone euro.
Le poids des deux pays et leurs divergences récurrentes devraient conduire
les autres Européens à apprécier les efforts de chancelière Angela Merkel et
du président Nicolas Sarkozy pour rapprocher leurs vues.
Si cette corde de rappel se rompait, le coup serait fatal. Leur coopération
n'a cependant pas permis d'éviter la contagion, ni de rassurer les marchés.
Les autres Européens se sentent exclus de décisions qui engagent leur
destin. Nous ne pouvons pas continuer sur cette voie. Mais comment sortir de
l'impasse ?
Une solution pourrait venir d'Italie si - ce qui n'est pas encore sûr - le
président du conseil désigné, Mario Monti, était en mesure de former un
gouvernement d'unité nationale.
En raison de sa taille, l'Italie porte une responsabilité particulière. Sans
un assainissement de la troisième économie de la zone euro, la monnaie
unique ne serait pas viable. Des aides concevables pour des pays
périphériques ne peuvent pas être étendues à un Etat qui représente 17,4 %
du PIB de la zone euro, soit à peine moins que la France (19,4 %), selon les
chiffres fournis par Eurostat en avril. D'où l'importance du programme
drastique de réformes que les Italiens sont appelés à mettre en oeuvre.
Après les années Silvio Berlusconi, la tradition européenne de l'Italie
n'est plus dans les mémoires, mais elle mérite d'être rappelée, du plan
germano-italien des ministres Hans-Dietrich Genscher et Emilio Colombo au
légendaire Conseil européen de Milan, où, en 1985, ce n'est pas le tandem
franco-allemand mais la présidence italienne qui a aidé Jacques Delors à
braver l'opposition de Margaret Thatcher pour ouvrir la voie à l'Acte
unique.
Le président Giorgio Napolitano s'inscrit dans cette lignée, comme l'a
rappelé son discours à Bruges à la fin du mois d'octobre. Jusqu'à Romano
Prodi inclus, l'Italie a toujours joué la carte de l'Europe communautaire,
éprise de solidarité, bâtie sur des institutions chargées de l'intérêt
général et soucieuse de faire cohabiter sans heurts les Etats de toutes
tailles. Elle était alors proche de l'Allemagne fédérale. C'est exactement
l'Europe dont la France s'est toujours méfiée.
En devenant plus "gaulliste", ces dernières années, la chancelière a privé
le moteur franco-allemand d'une de ses dialectiques les plus fécondes. Si
elle revenait à une vision plus fédérale, comme elle a semblé l'indiquer à
Leipzig (Allemagne) le 14 novembre, c'est la France qui serait isolée. Car
la crise est en train d'opérer un retour de balancier. Pour reprendre la
formule d'un autre grand Européen italien, Tommaso Padoa-Schioppa, elle
révèle l'impuissance du Conseil européen quand, transformé en "cartel des
nationalismes", il défend des intérêts nationaux définis à courte vue. Et
les Européens aspirent à un débat démocratique.
C'est une crise de nature politique à laquelle, à ce jour, les Français et
les Allemands, tout comme la Commission européenne, ont apporté des
solutions trop techniques. Le retour actif de l'Italie dans le jeu européen
ne ferait sûrement pas des miracles, mais il pourrait accélérer un
changement de méthode. L'Europe est avant tout un état d'esprit. Giorgio
Napolitano, ancien président de commission au Parlement européen, et Mario
Monti, ancien commissaire européen, possèdent une expérience communautaire
précieuse dont peu de membres du Conseil européen peuvent se prévaloir.
Enfin, le caractère non partisan du gouvernement italien - si... les partis
ne le tuent pas dans l'oeuf - pourrait sans doute contribuer à décrisper
certains affrontements. Dans ses nombreux articles du Corriere della Sera ou
du Financial Times, Mario Monti a toujours prôné des politiques économiques
équilibrées sans s'enfermer ni à droite ni à gauche : farouchement attaché à
la concurrence (pour briser les rentes de situation dont souffre tant la
jeunesse) et au marché (pour favoriser la croissance économique), il n'a pas
hésité à proposer la mise en commun de la dette européenne (les
euro-obligations) ou encore l'harmonisation fiscale.
En mai 2010, il a remis au président José Manuel Barroso un rapport sur le
marché unique qui défendait les services publics comme l'émulation par le
biais de la compétition. Une troisième voix respectée pourrait aider le
Conseil européen à surmonter des divergences dites "franco-allemandes", par
exemple à propos du rôle de la Banque centrale européenne (BCE).
Celles-ci sont en réalité des divergences de fond qui transcendent les
frontières. Le niveau approprié pour en débattre est la zone euro entière,
pas le huis clos germano-français, ni même l'enceinte hermétique du Conseil
européen, où, pour chaque pays, seule la majorité actuelle s'exprime. Le
temps est venu de débats publics sur l'avenir de l'euro, au Parlement
européen et dans les Parlements nationaux.
Il faut souhaiter que l'expérience italienne en cours réussisse. Non
seulement parce que son échec aurait sur nous tous de terribles
répercussions, mais aussi parce qu'elle offre une chance unique d'enrichir
la nécessaire coopération franco-allemande d'un apport précieux, en
redonnant tout son sens à la construction communautaire.
Sylvie Goulard, députée européenne, Alliance des libéraux et des démocrates
pour l'Europe (ALDE)
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Conseillère politique de Romano Prodi lorsqu'il était président de la
Commission, de 2001 à 2004, Sylvie Goulard a suivi les travaux de la
convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing qui avait été chargée par
le Conseil européen de rédiger une Constitution pour l'Europe.