Voici deux points de vue concernant nos prises de position sur la crise du lait
Le premier est celui de François BAYROU au travers d'une dépêche de
l'AFP:
PARIS, 18 septembre 2009 (AFP) - Le président du Mouvement
démocrate François Bayrou a exprimé vendredi sa "solidarité" avec les producteurs laitiers et demandé de "changer de politique" en la matière, se prononçant pour "l'organisation
de la production". A l'issue d'une rencontre à Aube (Orne) avec des exploitants agricoles et des producteurs laitiers, en grève ou non, M. Bayrou a déclaré à l'AFP : "le sens de cette
visite était de manifester de la solidarité avec un secteur agricole qui vit aujourd'hui un drame". "La preuve est faite que la dérégulation dans ce secteur d'activité, c'est la mort de
l'agriculture parce qu'elle ne peut pas supporter les à-coups de marché qui font que les prix s'effondrent", a estimé le député des Pyrénées-Atlantiques.
"Il n'y a qu'une solution possible: l'organisation de la production", a-t-il assuré, jugeant que "l'abandon des quotas laitiers est une catastrophe".
La grève du lait est "un mouvement européen, un mouvement qui appelle à une prise de conscience de l'urgence de la situation. Il faut changer de politique pour sauver quelque chose qui est infiniment précieux pour la France", a-t-il martelé, soulignant que le déversement de
milliers de litres de lait était un "crève-coeur" pour les agriculteurs. Alors que "les prix du lait ne couvrent pas le coût de revient", les producteurs "sont désespérés et ne
voient plus d'avenir pour beaucoup d'entre eux", a-t-il fait valoir.
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Le second point de vue émane de notre députée européenne pour l'OUEST, Sylvie GOULARD qui nous confie son sentiment et rend compte de la session de la semaine passée:
Une partie de la session a été consacrée à tenter de résoudre la crise du lait, à témoigner de la détresse des
exploitants, à alerter et chercher des solutions.
Avec quelques députés ALDE de la commission agricole, j’ai rencontré la commissaire européenne Mme Fischer
Boel.
Le Parlement a voté une résolution interpelant les pouvoirs publics, largement insuffisante aux yeux des députés
MoDem, que nous avons tenté d’améliorer.
Mon sentiment ?
Le contraste est immense entre la détresse sur le terrain et l’approche d’une majorité des députés et de la
Commission ; pour ces derniers, les quotas doivent être démantelés, l’agriculture « restructurée » c'est-à-dire calquée sur le modèle productiviste de l’Europe du Nord. Elle est considérée comme
un secteur d’activités comme un autre, soumis aux mêmes obligations d’évolution. Comme si l’agriculture était l’industrie, comme si on pouvait, par exemple, mettre des vaches au chômage technique
! Comme si les agriculteurs n’avaient pas fait des efforts de productivité et de modernisation ces dernières années. Comme si l’aménagement du territoire, la défense de la qualité des aliments,
de la sécurité sanitaire, de l’environnement, étaient secondaires. Un tel aveuglement laisse songeur et augure mal de l’avenir.
Je tiens à le dire ici, à rebours de certaines positions démagogiques : la bataille de la défense de la PAC se jouera dans une Union élargie où la vision française pèse moins que par le passé, où
certains abus dans notre pays jouent contre nous. Nous nous battrons mais de ce contexte nos concitoyens doivent être conscients.
La PAC doit être réformée, oui. Mais une réforme jusqu’où ? Jusqu’à la désertification de l’Ouest ?
L’attachement fétichiste au marché dont font preuve certains est d’autant plus curieux que la situation actuelle
prouve que le marché a failli : le jeu de l’offre et la demande ne se fait pas de manière libre et non faussée. La concurrence est insuffisante, vu le faible nombre d’acheteurs.
Au nom du marché, on interdit une contractualisation des relations producteurs/acheteurs. Mais au mépris du marché, on tolère l’hyper concentration des chaînes de transformation et de la
distribution.
Que fait la commissaire en charge de la concurrence ?
Et JM Barroso a été réélu sans avoir donné sa vision de la PAC de demain ; sur ce point, le document qu’il a produit
est bref et vague. C’est mauvais signe, s’agissant de la première politique commune, à la fois d’un point de vue historique et budgétaire. Ceux qui, comme le PPE (UMP) ont voté sa reconduction,
devront assumer devant les électeurs français ce chèque en blanc sur l’agriculture.
Son manque de vision dissimule peut-être son adhésion, au moins implicite, à l’air du temps. Plus besoin de PAC,
plus besoin de soutiens, le marché mondial et des ressources redéployées vers des politiques dites «d’avenir ». Voilà ce qu’il a fait pendant 5 ans. S’il est cohérent avec lui-même, il devrait
continuer.
Sylvie GOULARD le 18 septembre 2009.